Notre médecine est-elle en danger?

Notre médecine est-elle en danger?
actu societe21/04/2009 09h15

La pénurie de médecins allonge les délais d'attente et raccourcit la durée des consultations.

Nous accordons un énorme crédit à nos soins de santé: 86 % des Belges leur font confiance, selon Ipsos. C'est le secteur qui remporte la plus grande adhésion chez nous, loin devant la justice, la religion ou la politique. Test-Achats estime même notre taux de satisfaction à 8,1/10. Les Belges sont donc très contents de la façon dont ils sont soignés. Même l'Organisation mondiale de la santé estimait, dans un rapport de 2007, que "la Belgique bénéficie actuellement de soins de santé de bonne qualité".

 Pourtant, ces derniers temps, cette confiance a été ébranlée. Après des débats houleux autour du numerus clausus, on a commencé à parler des délais d'attente: jusqu'à deux ans en province du Luxembourg pour un rendez-vous chez un ophtalmologue! Puis, il y eut cet accident, heureusement non mortel: quinze patients ayant subi un examen du côlon dans un hôpital bruxellois ont été brûlés de l'intérieur… On a confondu un flacon de détergent hautement corrosif avec de l'eau distillée! Dans la foulée, on redécouvre le chiffre, effrayant, de 20.000 erreurs médicales par an estimées en Belgique, dont 2.000 sont fatales. Quant aux maladies nosocomiales (ou infections hospitalières), elles font 2.600 morts chaque année, soit 7 par jour. "En 2009, les hôpitaux seront trois fois plus mortels que les voitures", lance, provocant, l'Itinera Institute, un bureau privé qui observe nos soins de santé. Et voilà que la semaine passée, le cadastre des médecins généralistes se révèle sans appel: la pénurie est déjà bien réelle par endroits et elle va encore s'aggraver…

 Par petites touches sombres, de chiffres en témoignages, le tableau idyllique de notre médecine se noircit. On s'étonne à peine quand un classement européen place la Belgique bonne douzième… Elle était à la cinquième place en 2006, à la septième en 2005. Même si les indicateurs utilisés pour cet index sont discutables, un fait demeure: notre système n'est plus un modèle incontesté. Rien que cela pose question. Nos soins de santé se rapprochent-t-ils, sans que l'on s'en aperçoive, de la médecine à deux vitesses que connaît l'Angleterre? Vu la demande croissante de soins, due au vieillissement de la population et au nombre de maladies chroniques, la moindre faille peut faire rapidement s'écrouler tout l'édifice des soins de santé. Et des fissures, il y en a qui lézardent les murs de nos cabinets médicaux et de nos hôpitaux. La crise les rend à la fois plus urgents et plus difficiles à colmater. Nous en avons pointé six.

1. Délais d'attente

Pour voir un ophtalmo, patientez 3 à 6 mois.

2. Pénuries

La moitié des généralistes actifs aujourd'hui seront à la pension en 2022.

3. Dur, dur d'être médecin

Un jeune sur trois arrête avant cinq ans d'exercice.

4. Travail à la chaîne?

Des consultations expédiées et des hospitalisations écourtées.

5. Accidents médicaux

Chaque année, 2.000 patients décèdent "par erreur".

6. Information du patient

Seulement 10 % des Belges connaissent leurs droits.

Tags: ,





Il n'y a pas encore de réactions

Se connecter pour ajouter un commentaire

Twitter