
Fortis est mort, vive BNP! Mais le Belge aura-t-il encore la maîtrise de son argent?
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Sauf improbable rebondissement, c’est un fait: BNP-Paribas détient 75 % de notre première banque, contre 25 % à l'Etat belge, qui, en échange, devient actionnaire de BNP. Après la tempétueuse saga du rachat de Fortis Banque, l'heure est à l'apaisement. Et aux promesses. Baudouin Prot, le patron de BNP-Paribas, se dit "déterminé à servir les clients et l'économie belges". Et pour cause: 40 % de notre épargne, c'est-à-dire un pan énorme des avoirs belges et de notre capacité à soutenir notre économie, a glissé aux mains d'un groupe français.
Ce qui pose la question qui fait peur: BNP-Paris est-elle dangereuse pour la Belgique? Paul De Grauwe, le très critique professeur d'économie à la KUL, a de grosses craintes. Il ne s’explique pas pourquoi la Belgique est le seul pays à renoncer à sa banque de référence. Geert Noels, ex-administrateur délégué de la société de Bourse Petercam et auteur du livre Econoshock, est plus nuancé: "Personne n'a tort ou raison, aujourd'hui. C'est dans dix ans qu'on pourra faire les comptes et dire si les partisans du rachat par BNP ou ceux du "stand alone" avaient raison".
Pour Paul De Grauwe, en tout cas, BNP-Paribas a fait l'affaire du siècle. La banque française a obtenu la plus grande banque belge à un prix bradé. "De plus, elle est libérée des produits toxiques et c’est l'Etat belge qui garantit les dépôts! Tous les risques restent en Belgique. Moi, je voudrais être banquier, dans ces conditions! C'est le rêve, pour BNP!" L’universitaire ne comprend d’ailleurs toujours pas dans quelle "combine" le gouvernement s’est fourvoyé: "L’acquisition de Fortis semblait prête depuis longtemps, chez BNP. Quelques heures après la nationalisation de Fortis, en septembre, les Français sont arrivés avec une équipe de 40 personnes et un dossier de rachat totalement ficelé à Bruxelles. C'est inconcevable!"
Pour Geert Noels, l’explication de cet empressement à vendre Fortis à BNP est simple: "Le gouvernement n'avait pas d'autre offre que celle de BNP, pour faire monter les enchères! N'oublions pas qu’il y a beaucoup de banques à vendre en Europe. Le gouvernement n’avait pas le choix." Mais l’économiste n’est pas certain que BNP-Paris ait réalisé la toute bonne affaire. "Ça reste à voir. BNP a quand même un défi énorme à réaliser en Belgique: garder sa part de marché. Vu l'état du climat bancaire, ce ne sera pas facile. Les Français gagnent tout et les Belges perdent tout? C'est plus nuancé. On avait dit ça pour Carrefour, qui a acheté GB, soi-disant la "perle" belge. Ça a été l'enfer belge, pour Carrefour. La France allait mettre la main sur la consommation belge! C'est le contraire qui s'est passé. Carrefour est dans de grosses difficultés, et Colruyt ou Delhaize vont très bien."
On ne le sait que trop: pour les actionnaires belges de Fortis, le mal est fait. Ils ont beaucoup, beaucoup perdu. Restent les autres: les clients, le personnel de Fortis et l'économie belge. Pour nous, en somme, la mainmise de BNP-Paribas est-elle périlleuse? Nos deux spécialistes se rejoignent sur certains points, et s'opposent sur d'autres.
Paul De Grauve. - En temps normal, le client de base ne verra pas de différence: Fortis était une banque très profitable, BNP aurait tort de tuer la poule aux œufs d'or que sont les nombreux clients Fortis. En temps normal, encore une fois, je ne crois pas en un drainage des fonds vers la France et à une préférence donnée à la clientèle française. BNP Fortis fera du crédit où c'est profitable, donc en Belgique aussi. Mais le gros problème, c'est que nous ne sommes pas en temps normal, mais dans une très grave crise. Si le gouvernement français pousse ses grandes banques à privilégier le crédit en France, alors là il y aura de gros dégâts en Belgique. A chaque crise, les réflexes nationalistes ressortent sous la pression politique.
Geert Noels. - BNP n'a pas du tout intérêt à mécontenter sa clientèle belge m
Tags: Didier Reynders, Fortis, BNP-Paribas
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