
Depuis 2005, la Belgique poursuit ses politiciens indélicats. Aujourd'hui, elle inculpe des hauts magistrats et écroue de grands patrons.
Imaginez un pays où, après quatre ans d'affaires politiques en cascade, le numéro 2 de la magistrature serait inculpé et un ancien patron des patrons serait écroué, et ce en l'espace de deux semaines. Ce serait énorme. Désespérant, dans un état de droit. Pourtant, ce pays n'est pas imaginaire: c'est le nôtre.
Et ces deux inculpés de très haut vol ne sont pas des personnages de fiction. Le premier est rien moins que le président de la Cour de cassation, Ivan Verougstraete. En décembre 2008, avant le prononcé du jugement favorable aux petits actionnaires Fortis, qui contestaient la vente à BNP-Paribas, Verougstraete aurait relayé des fuites informant le gouvernement de la teneur du fameux "arrêt Fortis". Bafouant ainsi les principes fondamentaux de secret professionnel et de séparation des pouvoirs, principes dont il devrait être un des garants les plus scrupuleux, au vu de sa position hiérarchique dans la magistrature.
Le second, Luc Vansteenkiste, est un des capitaines d'industrie les plus influents du pays. Patron de Recticel (11.000 employés dans 27 pays), il était aussi, de 2002 à 2005, le très honorable président de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB). Après une semaine de détention, Vansteenkiste a été libéré (sous strictes conditions), tout en restant inculpé pour un délit d'initié commis en faveur d’une puissante holding financière, la Compagnie du Bois Sauvage.
Quand, le matin du 3 octobre 2008, le gouvernement décide du démantèlement de Fortis Banque, le P.D.G. de Recticel est au courant: il est au conseil d'administration de Fortis Banque. Mais il est aussi administrateur de Bois Sauvage, qui est actionnaire de… Fortis. Avant la fin de la journée, moment où la cotation de Fortis sera suspendue, Bois Sauvage revend ses 3,6 millions d'actions, engrangeant ainsi 19,5 millions d'euros avant la dégringolade du titre Fortis. Le juge d'instruction bruxellois Michel Claise soupçonne Vansteenkiste d’être celui qui a prévenu Vincent Doumier, patron de Bois Sauvage, lui aussi écroué et inculpé.
Cette grosse affaire de délit d'initié n'est peut-être pas terminée. Elle pourrait même prendre des allures d'un énorme scandale dans le milieu financier. Le magistrat instructeur bruxellois pourrait avoir d'autres noms dans le collimateur. Ce fameux 3 octobre 2008, ils étaient vingt-deux, au conseil d'administration extraordinaire, à savoir que Fortis allait être démantelée. Or, durant cette journée, près de 29 millions d'actions ont été vendues…
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L'argent générant bien des comportements douteux, le monde des affaires nous a habitués depuis longtemps à des escroqueries, des scandales et des fraudes en tout genre. Mais ce qui frappe, aujourd'hui, c'est la dimension des entreprises et la renommée des cols blancs ou des responsables en tailleur qui sont mis sur la sellette. C'est le cas, par exemple, dans les deux aéroports de Charleroi et Liège. Deux entreprises à succès. Deux récents fleurons du redéveloppement wallon, qui génèrent chacun des milliers d'emplois. Deux aéroports qui, en quelques mois, ont pourtant vu leurs têtes pensantes inculpées.
Après avoir dirigé les peintures Sigma, Edmée De Groeve est devenue une pointure des grandes sociétés à participations publiques. A la fois présidente de BSCA (Brussels South Charleroi Airport) et du conseil d'administration de la Loterie nationale, administratrice de la SNCB et du PACO (Port autonome du centre et de l'ouest), cette socialiste s'était taillé une solide réputation de gestionnaire. Sauf peut-être pour elle-même: elle confondait volontiers dépenses privées et frais professionnels, faisant un usage abusif de la carte Visa de l'aéroport de Charleroi. Des dépenses somptuaires dénoncées par l'ancien patron de BSCA. Edmée De Groeve a été inculpée de faux et usages de faux, détournement et escroquerie. Circonstance aggravante: des frais de représentation auraient été présentés et remboursés à la fois par la SNCB et par l'aéroport de Charleroi. Elle vient de démissionner de tous ses mandats.
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Tags: politique, Justice, banques, Fortis, Francine De Tandt
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