Addiction sexuelle: Jouir à en souffrir

DSK
actu societe04/01/2012 09h46Maïder Dechamps

Excuse pour maris volages ou maladie? La dépendance sexuelle est nettement moins glamour que ce que les stars d'Hollywood ou du FMI pourraient laisser croire. Des accros racontent cet enfer pavé de plaisirs.

La semaine prochaine, sort le film Shame. Un film coup-de-poing sur l'enfer de l'addiction sexuelle. Un magnifique cauchemar sur grand écran. Car, si les frasques de certains people pourraient laisser penser que cette "nouvelle maladie" est juste une bonne excuse pour maris volages, pour ceux qui la vivent, la dépendance sexuelle n'a rien de glamour. Les véritables accros du sexe ressemblent plutôt à des morts en sursis qu'à des "bons vivants". Ils mentent, ils s'isolent, vont de plus en plus loin, au point de mettre leur vie en danger. Pour eux, le sexe n'est plus un plaisir, c'est une prison. Un esclavage qui, d'images pornos en prostituées, les éloigne chaque jour un peu plus de leurs frères humains. Cet orgasme qu'ils pourchassent sans relâche les détruit. La petite mort les tue à petit feu.

Cette dépendance, qui se caractérise par "la perte de contrôle de la sexualité et la poursuite du comportement malgré la connaissance de ses conséquences négatives", est encore mal connue en Europe. Aux Pays-Bas, il existe de nombreux groupes de soutien, sur le modèle des Alcooliques anonymes (AA). Il s'en développe quelques-uns en Flandre et à Bruxelles. En Allemagne et en Grande-Bretagne, on trouve déjà des cliniques spécialisées dans le traitement de cette addiction. Mais c'est aux Etats-Unis qu'on l'étudie depuis le plus longtemps. En 1983, le Dr Patrick Carnes la décrit pour la première fois dans un livre, Out of the Shadow: Understanding Sex Addiction. Trente ans plus tard, le terme est entré dans l'américain courant et Carnes dirige la très coûteuse clinique de désintoxication sexuelle dans laquelle le golfeur Tiger Woods s'est fait traiter .

Selon une organisation spécialisée dans la dépendance sexuelle, de 3 à 5 % de la population américaine (des hommes dans 8 à 9 cas sur 10) serait concernée, soit 9 millions de personnes! Un marché immense. Qui pourrait littéralement exploser si la "sex addiction" était, comme beaucoup l'espèrent, répertoriée dans le DSM, "bible" de la psychiatrie américaine. En attendant, ces dix dernières années, le nombre de sexologues spécialisés dans le domaine a déjà été multiplié par 15, selon le magazine Newsweek. Et des dizaines de centres accueillent ces jouisseurs pathologiques. En Belgique, il n'existe pas encore de clinique. Mais des malades du sexe, il y en a. Rencontre.

"Echapper à la réalité"

"Ça a commencé quand j'avais 13 ans, dès ma première masturbation, j'ai été accro", confie Pierre (prénom d'emprunt), 44 ans, membre des Sexaholiques anonymes (SA). Ce grand blond aux yeux bleus en tee-shirt de base-ball réfléchit longuement, les mains jointes devant la bouche, avant de se livrer. Ce jour d'adolescence où il découvre le plaisir solitaire, il s'y adonne huit fois. Le lendemain, c'est six. Pendant deux semaines, il se masturbe. Jusqu'à la blessure. "J'ai voulu arrêter, le temps que ça guérisse. Mais le soir même, je recommençais. Et le lendemain matin, midi, soir… Je n'étais déjà plus libre de m'arrêter. Puis, ça a été la même chose avec tout le reste: avec les copines, les prostituées - à partir de 24 ans, la pornographie. Je suis devenu quelqu'un que je n'aurais jamais voulu devenir. Un homme qui va aux putes, qui trompe ses copines, qui ne peut regarder les femmes qu'en les sexualisant. Un salaud."

Egalement alcoolique (les dépendances sont souvent multiples), mais sobre depuis 17 ans, Pierre ose un parallèle. De la même façon qu'il a eu besoin de boire de plus en plus pour anesthésier ses émotions, il a dû "augmenter les doses de sexe pour échapper à la réalité, à la douleur, au vide intérieur et à (sa) situation familiale. Avec la masturbation, je créais un monde à l'intérieur, un monde où j'étais le centre de tout." Pour y rester, il faisait durer les sessions de masturbation le plus longtemps possible: 20 minutes, 45 minutes. Mais dès que l'orgasme arrivait, la vie réelle lui revenait en pleine figure. "J'étais là, comme un con, dans mes draps tachés. Comme à la fin d'un film, au cinéma, quand vous êtes à fond dedans et que la lumière se rallume brutalement. Je me sentais encore plus mal qu'avant parce que le retour à la réalité était chaque fois plus violent. Du coup, je devais tout de suite recommencer pour faire cesser ce malaise." Comme beaucoup d'entre nous, Pierre a découvert les vertus anxiolytiques du sexe. Sauf que lui, il est devenu accro à son Valium sexuel.

Nous sommes tous, dans une certaine mesure, mus par la recherche de plaisirs. Mais chez les dépendants, la mesure justement est perdue et cette recherche devient permanente. Dans leur cerveau, les hormones du plaisir seraient déréglées, poussant les dépendants à chercher toujours plus de satisfactions, sans y parvenir. "Vous, vous pouvez boire de l'alcool raisonnablement. Pas moi, parce que je suis alcoolique, explique Pierre. Si je commence, je ne peux plus m'arrêter. Avec le sexe, c'est la même chose. Nous y sommes hypersensibles, un peu comme des allergiques. Si un homme voit passer une belle femme, il la mate et la seconde d'après, il pense à autre chose. Chez moi, ça va tourner en boucle, à l'obsession. Aujourd'hui, j'ai encore en tête des images qui datent d'il y a trente ans!"

"Les risques? On s'en fout!"

De la même manière que la poudre chez les cocaïnomanes, le sexe a sur l'"addict" un effet euphorisant et renforce l'estime de soi. Au point, comme sous l'effet de la coke, de se sentir "invincible". "J'ai fait de l'exhibitionnisme face à une fille de 15 ans, dit Pierre. J'aurais pu aller en prison, mais je m'en foutais. Je parraine un conducteur de tram qui s'est masturbé dans sa cabine, en roulant. Certains d'entre nous ont eu des relations sexuelles non protégées avec des gens dont ils savaient qu'ils étaient séropositifs! On n'est plus capable de raisonner normalement dans ces moments-là. On est comme fou." Jacques (prénom d'emprunt), un autre Sexaholique anonyme de 54 ans, complète: "Les risques sont là, dans la tête, mais on le fait quand même. On ne peut pas s'en empêcher. On n'a pas le choix. C'est ça la compulsion".

Plus que des indicateurs chiffrés, même si aux Etats-unis d'aucuns parlent d'un seuil de sept orgasmes par semaine pour identifier un problème d'addiction, c'est la présence des quatre phases de la compulsion qui doivent alerter. Ces phases sont: l'obsession, la ritualisation, le passage à l'acte sans pouvoir s'en empêcher, et enfin le désespoir lié au sentiment d'impuissance face à ce comportement. Il existe également des questionnaires standard pour évaluer si les pulsions sexuelles prennent plus de place dans sa vie que l'individu ne le souhaite et s'il sent qu'il en perd la maîtrise. "Quand le sexe, le "médicament" qu'on avait trouvé à notre souffrance, devient lui-même le problème, un poison, on réalise que ça dérape", résume Jacques.

Car contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas le sexe qui est au centre de la dépendance sexuelle. C'est le vide intérieur. Un mal-être qui remonte souvent à l'enfance et qui peut être lié à des abus. Sexuels dans le cas de Pierre, émotionnels dans celui de Jacques. Le sexe n'est qu'un moyen de remplir cet abîme. "Dans un couple sain, explique Jacques, il y a un partage. Un sexaholique, lui, il veut tout prendre à l'autre, pas donner."

Sobre sexuellement (pas de masturbation ni de porno, ni de relation sexuelle) depuis plus de deux ans, Pierre a été submergé par des envies irrépressibles ces dernières semaines. "Ce n'est pas ma libido qui s'est soudainement réveillée toute seule, c'est lié à la tristesse et à la solitude des fêtes de fin d'année. Ce n'est pas pour le sexe en soi qu'on fait ça. C'est juste la substance, la drogue qui nous emporte ailleurs." Et si on n'en a pas, de véritables symptômes de manque surviennent. "Comme mille lames de rasoirs dans le ventre", témoignait un drogué du porno sur Internet dans Le Monde. "On panique, on a besoin de ça pour fonctionner",raconte aussi Jacques.Après avoir passé trop de temps dans un sauna gay, il s'est retrouvé impuissant pendant trois jours. "J'ai flippé, parce que mon sexe, c'était ma raison de vivre, ma seringue pour ma "dose". Et ça ne marchait plus! J'ai eu l'impression que j'allais mourir."

Sexe, mensonge et vidéos

Son sexaholisme a obligé Pierre à changer de boulot 12 fois et à déménager 15 fois en 20 ans. Il cachait son état à tout le monde. Même à lui-même. Les sex addicts sont souvent obligés de devenir des champions de la double vie. "En apparence, je suis un homme sans histoire,commente Jacques qui a dépensé des milliers d'euros en pornographie. Quand Internet a rendu son accès plus facile, cela a encore aggravé mon esclavage." Il a alors dérivé vers des choses de plus en plus gore: des orgies, zoophilie, sadomasochisme, scatologie. "Je sentais bien que j'allais trop loin, mais je ne savais plus m'arrêter. Je me mentais à moi-même: je suppose que tout le monde le fait et le cache, comme moi." Baissant son regard sombre, ce quinqua aux faux airs de George Clooney confesse aussi avoir forcé son précédent compagnon, l'avoir utilisé comme une "pute officielle". "Je voulais le pénétrer, lui, il pleurait. C'était du viol conjugal, en fait."

"J'ai compris qu'il y avait un souci quand mon nouveau compagnon a trouvé du porno sur notre ordinateur et que je lui ai juré que ce n'était pas moi en le regardant bien en face. Cela m'a rappelé les mensonges éhontés de mon ex, qui était alcoolique, quand je le confrontais aux cadavres de bouteilles qui traînaient dans l'appartement." Pour Pierre, le déclic a eu lieu quand seules des images de viol collectif ou de pédophilie parvenaient encore à l'exciter... Il l'avoue: l'étape suivante aurait été le viol. En vrai. "J'ai senti que j'allais finir en prison, en psychiatrie ou au cimetière. Il n'y avait plus d'issue, j'ai envisagé le suicide." Mais accepter de faire face au problème ne suffit pas pour le résoudre.

[...]

Tags: , , ,





Sélection moustique

Bob DylanBob Dylan

The 30 thAnniversary Concert Celebration (CD/DVD)

Franck MonnetFranck Monnet

Waimarama

Admiral Freebee - The Great ScamAdmiral Freebee

The Great Scam

ChampsChamps

Down Like Gold