
Pascal Verbeken, journaliste à Humo, est parti à la recherche d'une page effacée de l'histoire de Flandre. Une page écrite en Wallonie.
On a lu son livre, on verra bientôt son film (courant février sur La Une) et on voudrait lui dire bravo, à notre confrère de Humo, Pascal Verbeken. Pas seulement parce que ce Flamand a écrit un livre empreint de tendresse envers la Wallonie; pensez donc, il l'a appelé La terre promise… (*) Un livre généreux peut aussi être un bon livre. Un livre dont on se souviendra. Un livre éclairant, en plein pays noir.
Terre promise? Aujourd'hui, c'est à Bruxelles que les hommes et les femmes de Bialystok, en Pologne, cherchent un meilleur futur. C'est à Schaarbeek, Saint-Josse ou Gand que les Turcs d'Emirdag viennent tenter leur chance. Hier, de Grammont à La Louvière, d'Aarschot à Farciennes, du Limbourg à la province de Liège, c'est en Wallonie qu'ont immigré près de 500.000 Flamands. La Flandre veut l'ignorer, mais son passé raconte aussi un demi-million d'histoires "de chômage et de ventres vides".
Cette misère, le journaliste francophone August De Winne la racontait il y a plus d'un siècle dans A travers les Flandres, le récit d'une enquête aux confins d'une région ravagée. Prenant ce périple à rebours, Pascal Verbeken a traversé l'ancien sillon industriel menant du Borinage à Liège. Pour raconter le parcours de ces Flamands ayant fui leurs terres et retrouver la trace des derniers témoins de cette immigration oubliée. Mais pas seulement: "s'il y a encore quelque chose à faire dans ce pays, c'est regarder notre passé. Parce que c'est là que naissent la plupart des rancunes et des frustrations du psychodrame belge".
De cette immigration flamande massive en Wallonie, il ne reste plus grand-chose. Si ce n'est la colombophilie, une spécialité importée du nord, ou les patronymes à consonance flamande: Van Cauwenberghe, Onkelinx, Daerden, etc. Pourquoi?
Pascal Verbeken. - L'oubli arrange les deux parties. La Flandre a voulu zapper ses années noires. Chez nous, la page des Flamands de Wallonie est complètement effacée. L'histoire de Flandre a beau être un des champs les plus étudiés dans nos facultés, il nous est toujours difficile d'accepter qu'une part importante de notre passé gît dans les cimetières wallons. A La Docherie, par exemple, la moitié des tombes portent des noms flamands. Ce sont souvent les sépultures les plus pauvres et cela cadre mal avec l'image qu'on a choisi de privilégier au Nord: celle d'une région phare, d'un moteur pour le pays. Mais en Wallonie, on cultive également une représentation discutable au regard de l'histoire: celle d'une région multiculturelle, cosmopolite et décontractée.
Qu'a-t-on oublié exactement en Wallonie?
Sans vouloir généraliser, le stéréotype le plus répandu en Wallonie à propos des ouvriers débarquant de cette Flandre miséreuse voulait qu'il s'agisse d'arriérés congénitaux. Au théâtre ou dans les chansons populaires, on chantait "doze flamand et on pourçia fet traze biesse" ("douze Flamands et un porc font treize bêtes"). Et bien après le 19e siècle, dans les années 60 encore, on entendait fréquemment "les flamins, c'est ni des djins" ("les Flamands, c'est pas des gens"). Cette conviction d'une certaine supériorité, on la retrouve d'ailleurs encore dans le livre signé par Jean-Claude Van Cauwenberghe il y a quelques années. Dans Oser être Wallon, l'ancien ministre-président exhumait le vieux cliché de la supériorité de la culture wallonne. Même à l'époque, on a vu peu de réactions dans la presse francophone. Si ce n'est Marc Moulin.
Pourquoi les Flamands de Wallonie que vous avez rencontrés évoquent-ils rarement ce racisme à leur égard?
Le souvenir que garde une majorité, c'est que leur intégration s'est déroulée sans encombre. Je les crois volontiers. Mais ces gens ne passaient pas leur temps à étudier leur perception en tant qu'étrangers tandis qu'ils travaillaient dur dans la sidérurgie, les charbonnages ou les verreries. D'autres, en
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