Le dossier Pie XII

Le dossier Pie XII
actu societe30/12/2009 16h41

Benoît XVI veut honorer celui qui imposa le silence au Vatican face aux horreurs de la Shoah.

Dans le ghetto de Varsovie, à l'été 1942, alors que les déportations massives ont commencé, une blague circule. Les Juifs peuvent-ils être sauvés? Un rabbin répond: "Bien sûr, il existe même deux moyens, l'un naturel, l'autre surnaturel. Le premier serait qu'une armée d'anges descende du ciel et anéantisse les nazis. Le second, ce serait que Churchill, Roosevelt et Staline interviennent". Que l'on sache, la plaisanterie ne mentionnait pas le Vatican. Et pourtant…


Certes les Alliés n'ont jamais concentré leurs efforts sur l'arrêt du génocide proprement dit. Mais au moins ont-ils pris les armes contre l'oppression nazie. L'Eglise romaine, elle, s'est bien gardée de trancher. Le fait est établi. Le Vatican n'ignorait rien des atrocités nazies. Pourtant, lors de son discours de Noël 1942, sur Radio Vatican, Pie XII ne trouve que quelques mots vagues pour regretter "les centaines de milliers de personnes destinées à mourir ou à disparaître peu à peu". A ce moment, la Shoah est entrée dans sa phase industrielle. Mais, dans la bouche du Vatican, les millions de gazés sont devenus des "centaines de milliers". Le terme nazi n'est pas prononcé, pas plus que celui de Juif. Le flou diplomatique, savamment entretenu, place toutes les victimes du conflit sur le même pied.


Au sein de l'Eglise, ils sont rares à le lui reprocher. S'ils le font, le souverain pontife leur répond que la tradition papale respecte une "totale impartialité" en cas de conflit. Même quand, en octobre 1943, sous les fenêtres du Vatican, des milliers de Juifs italiens sont raflés par les nazis. Certes, le pape fait dire à l'ambassadeur allemand sa "douleur indicible". Mais si les déportations devaient se poursuivre, poursuit-il, il s'en remettrait "à la divine providence". Rien de plus.


Pie XII ne prendra jamais le risque de la rupture avec l'Allemagne nazie. En ces temps troublés, Rome tient avant tout à garantir sa prédominance, même en terres fascistes. En 1939, Pie XII félicite Franco pour sa victoire. De même, des accords seront conclus avec Mussolini et Hitler afin de maintenir l'influence vaticane en Italie et en Allemagne. Ainsi, dès 1933, un concordat soumet les catholiques allemands à l'obligation morale d'obéir au régime nazi. Si Paris vaut une messe, Rome vaut bien une laisse.

Tags: , , ,





Il n'y a pas encore de réactions

Se connecter pour ajouter un commentaire

Twitter