Bruxelles: Peur sur la ville

Bruxelles: Peur sur la ville
actu societe20/04/2010 09h00

Témoignages de Bruxellois touchés par la violence urbaine. Certains pour la première fois, d'autres depuis trop longtemps.

Lundi 12 avril. Réunion entre journalistes du service société afin de préparer le prochain Télé Moutique. Bruxelles est au cœur de la discussion. La ville a connu quelques déboires ces dernières semaines. Deux femmes, l'une après un cambriolage, l'autre dans le cadre d'une affaire de famille, ont été abattues en pleine rue. Tandis que certains en appellent désormais à la "tolérance zéro", une réunion sur la criminalité dans la capitale, que certains médias flamands présentent déjà comme un nouveau Chicago, sera bientôt à l'ordre du jour, entre les autorités de la Région et le fédéral. L'heure est grave, paraît-il. Même les symboles sont malmenés: l'immense et imposant palais de justice est aujourd'hui en passe d'être abandonné en raison d'un cruel paradoxe: il serait devenu impossible à sécuriser!

 Pourtant, à ce moment-là, nous sommes encore plusieurs journalistes à pencher pour un dossier de couverture en hommage à la capitale: Bruxelles ma belle… Si décriée soit-elle, cette ville reste agréable à vivre. Mais, alors que chacun détaille ses arguments, la nouvelle tombe: à Matonge, une bijouterie a été cambriolée et son propriétaire abattu, en plein après-midi. Moins de deux heures plus tard, c'est un malfrat qui perd la vie, à Schaerbeek, abattu par un autre bijoutier. Et le soir même, un commissariat de police saint-gillois est caillassé par une bande de jeunes, qui brûlent quelques voitures au passage. Comme le titrera la presse quotidienne, le lendemain, Bruxelles a connu un lundi noir. Au sein de la rédaction, les regards en disent long. Pour une ode à la capitale, on repassera. Le vent a tourné. Nous irons bien à la rencontre des Bruxellois, mais pour les interroger sur ces formes de violence urbaine qu'il leur arrive de rencontrer. Pour certains, pour la première fois. Pour d'autres, depuis trop longtemps.

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Molenbeek: Au-delà du canal

 "Bon, c'est pas comme si on allait se promener à Uccle, hein!" Violaine, notre guide à Molenbeek, travaille dans le social, comme on dit. "Et ici, y a faire!" Ici, c'est le quartier maritime, juste derrière le canal, cette frontière symbolique au-delà de laquelle les Bruxellois du Sud ne se rendent plus que très rarement. La police non plus, dit-on. Dans l'imaginaire bruxellois, le coin est une zone de non-droit. Sauf que, pour le coup, on ne voit pas grand-chose. Pas de quoi fouetter un justicier dans la ville.

 "Attendez, ce n'est pas Bagdad, non plus. Faudrait pas vous faire une image de Molenbeek uniquement à travers ce que vous lisez dans les journaux." Elle hésite un moment. "Ah oui, c'est vous qui les écrivez, les journaux…" Violaine choisit ses mots. Elle aime son quartier et ne veut pas le trahir devant le énième gratte-papier prêt à déclarer sa commune en état de siège. "Comment vous dire… L'insécurité, ici, c'est plutôt un sentiment diffus, latent. Quand vous travaillez ici, vous sentez que les gens montent vite dans les tours." On s'en rend d'ailleurs vite compte, à la station de métro Ribaucourt. Alors qu'on tente de prendre quelques clichés à la sauvette, on est alpagué par un groupe de toxicos. Sans ménagement - mais sans violence non plus - ils nous font effacer toutes les photos qu'on vient de prendre. "Vous voyez ce que je voulais dire…"

 C'est ici, à Ribaucourt, que cette tension est la plus perceptible, selon Violaine. D'ailleurs, la période chaude va bientôt commencer. "Juste avant l'été, quand on recommence à vivre dehors et qu'on a besoin d'argent pour revenir au pays pour les vacances, ça monte." Nous arrivons à la station. "Le plus souvent, c'est entre toxicos que ça se passe. Mais, à l'occasion, ils chopent un passant." Elle-même a échappé de justesse à deux car-jackings. "Par contre, plusieurs de mes collègues ont été attaqués. Prendre le métro ici, à partir de certai

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