Le pense-bête d'Elio Ier

Le pense-bête d'Elio Ier
actu societe15/06/2010 10h50

Les urnes ont parlé. Le nouveau chef de gouvernement pourrait être francophone et socialiste. Mais gare au casse-pipe!

 Vous avez moins de 30 ans? Votre génération n'a connu aucun Premier ministre francophone. Le Bruxellois Paul Vanden Boeynants, tombé en avril 1979, fut le dernier. Autre date symbolique, aucun Wallon né après 1974 ne se rappellera avoir vu l'un des siens au 16 rue de la Loi, date à laquelle le socialiste Edmond Leburton y avait ses quartiers. Or, le scrutin de ce 13 juin a accouché d'un résultat potentiellement aussi révolutionnaire que la percée de la N-VA: arithmétiquement, le PS d'Elio Di Rupo semble être le parti tout indiqué pour revendiquer le poste. Révolutionnaire, mais dangereux. Le prochain Premier francophone pourrait être le dernier chef d'un gouvernement belge.

1. Est-ce possible?

 La coutume veut que la plus grande famille politique du pays ait la main. Dans le cas présent, les socialistes, dont l'aile francophone est la mieux pourvue en sièges. Plié? "Même si Elio Di Rupo devait être désigné pour former le gouvernement, il est déjà arrivé plusieurs fois que le formateur échoue à rejoindre le 16 rue de la Loi", rappelle le politologue Pierre Vercauteren. En outre, avant cela, le roi pourrait désigner un "démineur" (ou "pacificateur" ou "cascadeur", les créatifs du Palais trancheront…), afin d'explorer les différentes options prônées lors des négociations. Y compris celles de la N-VA. Pas dit qu'au terme de ce périple de tous les dangers, les socialistes francophones tiennent toujours la corde.

2. A quel prix?

Un poste de Premier, ça se paie. La monnaie d'échange: le socioéconomique et le communautaire. Dans le premier cas, souligne Pierre Vercauteren, la crise internationale laissera peu de marge de manœuvre. Reste la réforme de l'Etat et/ou la scission de BHV, à propos de laquelle la Flandre attendra d'un Premier francophone qu'il soit, en échange, à tout le moins conciliant. Voire plus? C'est toute la question.

3. Qu'en pensent les Flamands?

 Fin mai, un sondage indiquait que 56 % de Flamands prévoyaient la nomination d'un Premier ministre francophone. Un autre montrait qu'Elio Di Rupo était rentré dans le Top 5 flamand des personnalités susceptibles d'entrer au 16. Derrière Bart De Wever ou Marianne Thyssen, mais devant Alexander De Croo ou Yves Leterme.

4. Et si c'était un piège?

 Plusieurs ténors flamands s'y sont cassé les dents, dont Yves "5 minutes de courage politique" Leterme. Alors pourquoi ne pas mouiller un francophone? Ce serait, avant de lui laisser la responsabilité d'un éventuel échec, l'exposer à un choix cornélien, que le politologue Vincent De Coorebyter (Centre de recherche et d'information sociopolitiques - Crisp) a appelé "l'équation infernale des francophones". C'est-à-dire résister à la tentation d'abandonner les droits des francophones de la périphérie pour préserver les intérêts de tous les autres au moment de négocier la réforme de l'Etat. Un défi d'autant plus coriace pour le PS (et pour le Wallon Elio Di Rupo en particulier), un parti que l'on dit moins combatif en périphérie bruxelloise, où son électorat est réputé marginal. Pervers, on vous dit.

5. Peut-il refuser?

 Elio Di Rupo l'a répété: il n'acceptera aucun poste au détriment des francophones. Mais pour le politologue Pierre Verjans, il n'a pas vraiment le choix de "refuser le jeu des institutions". Reste l'ego de l'intéressé. Un adversaire du PS: "A voir son plan de carrière, je doute qu'il résiste longtemps. Si Di Rupo forme le gouvernement, saura-t-il dissocier les impératifs de sa destinée et ceux d'une négociation équilibrée?"

6. Is het OK met Bart?

 Bart De Wever himself: "Un Premier francophone? Pourquoi pas?" Mais, rappelle cet habitué francophone des négociations institutionnelles, "pour De Wever, le 16 aux francophones, c'est une forme de garantie d'accord pour une réforme de l'Etat façon N-VA. Genre poker menteur: tu prends, tu perds".

7. Q

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