
L'évolution technologique ne fait pas que des heureux. Les "électrosensibles" souffrent et leur mal n'est pas officiellement reconnu.
Mal de dos, obésité, dépression, cancer: chacune de ces affections s'est vu, à un moment ou un autre, décerner le titre de "mal du siècle". Une expression qui désigne aussi des maux indissociables de notre manière de vivre: en gros, nous sommes sédentaires, trop nourris et en manque d'exercices physiques. Du moins, pour les pays développés. L'invasion de notre environnement par les ondes électromagnétiques est une autre caractéristique récente de notre civilisation. Et ce phénomène amène également sa maladie avec lui: l'électro hyper-sensibilité (EHS).
Du sèche-cheveux au radio-réveil en passant par l'écran de télévision, tout appareil électrique dégage un champ magnétique. Mais avec le développement de la technologie sans fil, le brouillard électromagnétique dans lequel nous vivons s'est fortement épaissi. Si nos corps sont tous sensibles à ces ondes, dont l'innocuité n'est d'ailleurs toujours pas prouvée (voir encadré), certains y réagissent beaucoup plus mal que d'autres.
Confrontées quotidiennement à des GSM, GPS et autres réseaux wi-fi, ces personnes hypersensibles aux ondes vivent un cauchemar moderne. Il y a quelques années, par exemple, Didier s'est retrouvé au bord du gouffre. Souffrant d'insomnies, de vertiges et d'épuisement physique comme psychologique, cet employé d'une entreprise informatique n'arrivait pas à surmonter ce qui avait été diagnostiqué comme un "burn-out".
"En cherchant les causes de ce qui m'arrivait, je me suis rendu compte que l'installation d'un réseau wi-fi à la maison était lié à mon problème de santé. En allant dormir à l'extérieur, dans un endroit moins exposé aux ondes, j'ai constaté que je retrouvais le sommeil et récupérais mieux", nous explique-t-il. Mais son parcours du combattant ne faisait que commencer avec, comme première grosse difficulté, la reconnaissance de son mal. "J'ai vu plusieurs médecins durant l'année 2004 et aucun n'a voulu considérer que mes troubles étaient d'un autre ordre que psychosomatique."
Symptômes hétérogènes
C'est que l'EHS ne correspond pas aux diagnostics de la médecine occidentale. Grosse fatigue pour l'un, maux de tête pour un autre, troubles de concentration ou mauvaise digestion: il n'existe pas de symptômes types, chacun se révélant, de plus, très variable en termes d'apparition et d'intensité. Difficile donc pour un médecin de conclure à l'existence d'une pathologie. "Tout le problème de la médecine est de traiter quelque chose de mal défini", résume le professeur Marc Ansseau.
Au sein du "Belgian BioElectroMagnetic Group", ce médecin du CHU de Liège mène une étude qui tente de mettre en évidence des paramètres qui pourraient distinguer les personnes électrosensibles. "Sur les plans génétique et électrophysiologique, nous n'avons rien trouvé de probant. Les tests de concentration, par contre, montrent des différences entre les "EHS" et les autres. Ils étaient plus lents et commettaient plus d'erreurs." Restent les tests de provocation: des patients sont soumis, durant une période donnée, à des champs électromagnétiques. Ces moments sont alternés, sans qu'ils le sachent, avec des périodes sans ondes. On compare ensuite les effets ressentis. "Les résultats ne sont pas très convaincants, admet le professeur. La plupart du temps, ils ne distinguent pas vraiment le fait d'être exposé à un champ ou non. Et d'autres études aboutissent à cette même constatation."
Un simple effet nocebo?
Pour la communauté scientifique, qui déteste le flou artistique, le pas est donc vite franchi. Selon elle, les électrosensibles seraient "simplement" des personnes qui ne sont pas bien et attribuent leur malaise à une cause extérieure, qui serait juste un "effet de mode". Une interprétation qui fait bondir Didier: "Les études scientifiques qui se penchent sur l'électrosensibilité le font sur le très court terme: on allume une lumièr
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