Anne-Marie Lizin: Je ferai désormais ce que j'aime

Anne-Marie Lizin: Je ferai désormais ce que j'aime
actu societe09/11/2010 09h55

Wallonne à Paris, l'ex-bourgmestre de Huy revient sur ses pépins de santé, la crise belge et ses "amis" du PS.

Nous l’avions quittée en décembre 2008. L’amie de tous les grands de ce monde, la présidente du Sénat belge, celle qui parcourait la planète à plus grandes enjambées qu’un ministre des Affaires étrangères s’effondrait, victime d’un grave accident cardiaque à Helsinki. Triple pontage coronarien, et la mort frôlée de justesse.

En février 2009, Anne-Marie Lizin se rend au jugement de ses médecins: elle démissionne de son poste de bourgmestre de Huy, qu’elle occupait depuis plus d'un quart de siècle. D'autant que plusieurs scandales l'ont éclaboussée. A l'époque, on s’interroge notamment sur ses dépenses de GSM à la ville de Huy et sur l’utilisation des cartes de crédit du Centre hospitalier régional hutois, sur le collage de ses affiches électorales aussi, effectué par des ouvriers communaux. Des affaires qui succèdent à d'autres manœuvres "malheureuses". On se souvient du refus de la bourgmestre d'accepter les résultats du référendum local sur l'affectation du parc des Récollets, ou une intervention officielle auprès d'un magistrat, qui met en péril la sacro-sainte séparation des pouvoirs... Des comportements mis à l'occasion sur le compte d'une certaine fougue.

Au PS, pourtant, la coupe est pleine. Le président Elio Di Rupo ordonne un audit interne sur Madame 149.000 voix de préférence. Anne-Marie Lizin s’offusque et dénonce un procès stalinien. La rupture est consommée.

Depuis, la forte tête s’est faite discrète. Nous l’avons retrouvée à Paris, la soixantaine sereine, apaisée, reposée, mais toujours aussi affairée, entre conférences à la Sorbonne, au Sénat français et réception à l’hôtel de ville. Militante? Plus que jamais, mais d'abord pour la cause des femmes! Socialiste? A voir… Revancharde? Euh…

Nous sommes ici rive gauche, à Saint-Germain-des-Prés, dans les beaux quartiers prisés par l’intelligentsia parisienne. Vous y entamez une nouvelle vie?
Anne-Marie Lizin. - Non (rires), je vous rassure, vous ne découvrez pas une nouvelle Anne-Marie, mais il est vrai que je suis à Paris deux jours par semaine. Aujourd’hui, je me suis recentrée sur un combat que je mène depuis toujours: la cause des femmes. Et ce combat se fait essentiellement depuis Paris. Enfin, mon mari travaille ici depuis trente ans, c’était l’occasion aussi de recréer quelque chose de plus stable.

Vous avez abandonné la politique, alors?
Vous savez, quand vous êtes cardiaque, que vous avez eu un gros accident comme moi et que vous en êtes sorti vivant, vous vous dites chaque jour qu’il faut profiter de la nouvelle journée qui commence et surtout se rendre utile. J’ai eu envie de m'atteler à des choses constructives, j’ai décidé que je ferais désormais ce que j’aimais: le soutien aux causes féministes et laïques qui me tiennent à cœur et me paraissent valoir la peine. Et je pense que cela n’est pas adapté à la vie politique belge actuelle…

Vous avez gardé un souvenir précis de votre accident cardiaque?
D’abord, j’ai cette belle cicatrice (elle ouvre un bouton de son chemisier et dévoile un bout de l’énorme cicatrice qui lui barre le thorax de haut en bas) et cette autre qui court le long de ma jambe gauche: on m’a enlevé une veine, je ne mets plus jamais de jupe. Pour le reste, oui, je me souviens très bien qu’après ce dîner au sommet de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à Helsinki, je suis rentrée dans ma chambre d’hôtel. Je me sentais très mal. J’ai appelé mon médecin en Belgique, il m’a dit de prendre une aspirine et qu’il m’attendrait à mon arrivée à Bruxelles. J’ai appelé la réceptionniste de l’hôtel. Je m’entends encore lui dire: "Je crois que je fais un début d’infar'." Elle m’a envoyé l’équipe médicale du sommet. J’avais laissé ma porte entrouverte. Quand ils sont arrivés, j’étais dans les vapes. Pendant l’opération, mon cœur a lâché, j’étais morte. Ce genre de chose vous change.

Vous devez vous astreindre à une

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