Sur le terrain avec l'unité spéciale

L'unité spéciale de la police belge
actu societe24/05/2011 08h58Fernand Letist

Sous la cagoule, des hommes comme vous et moi. Ou presque! En exclusivité, l'Unité spéciale d'intervention belge accueille Moustique et se raconte. Une seule condition: ni noms, ni visages.

Un petit matin glacial de février, boulevard Général Jacques à Bruxelles. La statue de Diane se les gèle devant un bâtiment de la caserne de Witte de Haelen. Au premier, quelques hommes prennent le café en salle de briefing et de relaxation. C, jeune commissaire de 36 ans et n°3 de l'Unité spéciale d'intervention, nous accueille tout sourire avant de s'éclipser pour se changer. Comme une poignée de ses hommes. Quelques minutes plus tard, ils sont de retour en salopette grise, signe extérieur d'appartenance à l'unité d'élite de la Police fédérale.

54 hommes composent actuellement ce peloton basé à Bruxelles. Celui qu'on engage en dernier recours et seulement sur demande des autorités de police administrative ou judiciaire. À eux de résoudre les situations les plus dangereuses et les plus délicates partout en Belgique. Des prises d'otages, "Fort Chabrol", enlèvements, extorsions de fonds, perquisitions "renforcées" en matière de terrorisme et grand banditisme, jusqu'à la protection rapprochée de VIP. Le grand public connaît leur look grâce aux JT qui les montrent furtivement au gré de l'actu. Grâce aussi à de courtes apparitions dans des films comme Rien à déclarer. Pourtant, secret absolu sur leur identité oblige, personne ne sait qui ils sont. Ni ce qui les motive ou ce qu'ils vivent et pensent.

Loin des clichés, nous avons rencontré des hommes responsables aux antipodes de Rambo et pour la plupart, des pères et maris comme les autres. Sauf qu'"être de l'Intervention" (héritière du groupe Diane et de l'ESI) signifie une montagne de sacrifices et une vie sociale largement perturbée. À la fois par ce secret imposé autour de la fonction mais aussi l'obligation de pouvoir, 7 jours sur 7 et 24 h sur 24, rejoindre la caserne dans l'heure. Puis repartir illico, "avec comme seule certitude que, si nécessaire et quels que soient les risques, par la porte ou par la fenêtre, il faudra entrer et intervenir" résume Luc De Witte, directeur adjoint des Opérations après 10 ans d'Intervention.

Take it ESI!

Ce lundi, c'est entraînement tactique. Direction un site désaffecté de la police. Le commissaire C. nous présente l'équipe choisie. Il y a J., D., Jam, F., S. et T. Ce dernier, chef de l'équipe, explique: "L'exercice va consister en une arrivée avec notre Land Cruiser équipé d'échelles jusqu'à la façade. Puis on grimpe tous les six, avec un chien, sur la plate-forme du deuxième étage avant d'entrer, de sécuriser les pièces les unes après les autres et de neutraliser un éventuel "target"".

Le topo établi, le groupe commence à s'équiper. Première surprise: cela n'arrête pas de rigoler! "On ne vous l'avait pas dit?,sourit Jam. Les qualités pour entrer chez nous, c'est humour et patience!" Et les feintes de fuser de plus belle entre les superflics. "C'est un boulot qui nécessite un tel niveau de gestion du stress qu'on doit pouvoir leur laisser évacuer la pression à tout moment,explique C. Il arrive que ça rigole encore deux minutes avant l'intervention, en entraînement, ou en vrai." Mais après, c'est du sérieux.

Le commando finit de se caparaçonner. La métamorphose est étonnante. Tous bien bâtis, ils ont gagné en volume mais aussi en sûreté et en maîtrise de chaque mouvement. Pourtant, c'est du lourd! Pas moins de 35 kilos en plus une fois enfilés un gilet pare-balles classique, une "mat-vest" à protection balistique encore plus performante, le casque, le ceinturon complet, un emport conséquent de chargeurs, la matraque télescopique, le taser, la trousse de premiers soins, pour certains des explosifs, l'émetteur-récepteur radio et chacun son arme, longue ou de poing. Et parfois un bouclier ou un bélier en plus!

C., le responsable adjoint du peloton, ne participera pas à l'exercice. Il est en arrêt physique depuis octobre suite à une chute de 14 mètres en exercice de rappel sur un bateau: "Les conditions météo étaient celles d'une tempête, j'ai glissé et mon matériel n'a pu me retenir. Le paradoxe est que ma tenue très lourde a accéléré ma chute mais m'a aussi sauvé la vie en absorbant le choc. Je suis un miraculé mais mon bras a tout pris… La plupart des accidents surviennent en exercice. On a déjà eu deux morts."

[...]

Gentil, le chien!

Innocemment, votre serviteur s'interroge alors sur l'utilité du chien, inactif depuis le début. "Nous n'avons pas d'Apache (homme rembourré qui sert de cible au chien à l'entraînement - NDLR)" répond le commissaire C. Quelques paires d'yeux, rieurs sous la cagoule, me fixent: "Cela vous dit?" Et votre dévoué journaliste de s'entendre dire: "Pourquoi pas?" En deux temps trois mouvements me voilà harnaché dans une combinaison de protection et transformé en "target" pour chien d'attaque. Et les plaisanteries repartent: "Il mord à peine" mais "quand il monte les oreilles comme ça, c'est pas bon". Et "son regard! Oh là, il est déjà au taquet"

Le maître-chien insiste sur l'attitude à avoir lors de l'attaque. Me voilà enfermé dans une pièce. Après quelques minutes, la porte s'ouvre à la volée, Bike surgit et saisit mon bras, suivi par trois membres de l'unité armes pointées. Mon poignet est dans un étau. La mâchoire serre de plus en plus. Le chien exerce aussi une torsion qui vous fait mettre à genoux puis à terre avant que les policiers ne vous immobilisent. Et qu'enfin, le maître-chien ne décroche la bête. Même super-protégé, mon bras restera endolori trois jours.

S., le maître de Bike, vient aux nouvelles avant de souligner: "Comme vous l'avez senti, un chien peut être une arme. C'est comme une balle. Une fois envoyé, je ne sais plus l'arrêter ni le détacher à distance. Il va, il mord. Je dois venir l'étrangler pour lui faire lâcher prise. Le chien est utilisé comme diversion pour déstabiliser un "target". Après, on peut entrer. On l'utilise aussi chien contre chien. Mais la partie la plus délicate du dressage, c'est le silence. Dès qu'il voit les uniformes et sent notre stress, il sait qu'il doit la fermer".

L'entraînement s'achève dans une nouvelle bouffée de plaisanteries. Apercevant une jeune femme, Jam plaisante: "Chère mademoiselle, est-ce que vous avez déjà vu de vrais gladiateurs?" Inconsciemment, la boutade réveille le cliché que, sous leurs cagoules et carapaces de Robocop, se cacheraient des Rambos. À ce propos, à la caserne, Jean-Louis le coordinateur de la formation et du recrutement des Unités spéciales est formel: "C'est une légende. Au recrutement, les apprentis Rambos, on les repère et on les écarte vite. Nos hommes sont le contraire. Ils sont plus formés à ne pas devoir tirer qu'à tirer quitte à prendre des risques pour eux-mêmes. On recherche avant tout des gens stables au niveau émotionnel et capables de prise de décision responsable".

Comme l'usage proportionnel de la force. "Vu qu'on est mieux entraîné, préparé, protégé et qu'on gère mieux le stress, notre objectif premier sera de préserver la vie, assure Jam. Pour nous, une opération où il y a mort d'homme n'est pas un succès. Face à nous, on peut s'en tirer vivant. Mais on peut difficilement s'échapper." Chaque commando emmène d'ailleurs à chaque fois différentes armes pour pouvoir choisir rapidement dans l'action la meilleure solution. Que ce soit le taser ou le fusil FN303 (à projectile en graphite) qui permet la neutralisation non létale du "target", comme ce fut le cas récemment lors de la prise d'otages à la prison de Namur.

[...]

Affaires non classées: Spécial Unité d'intervention
Vendredi 10 juin: RTL-TVI 19h45

Sélection moustique

Girls in Hawaii Hello StrangeGirls In Hawaii

Hello Strange

Franck MonnetFranck Monnet

Waimarama

Benjamin Schoos - Beau FuturBenjamin Schoos

Beau futur

Johnny Hallyday - Rester vivantJohnny Hallyday

Rester Vivant

Pink Floyd ©Albert WatsonPink Floyd

The Endless River