Votre médecin de famille a le blues

Votre médecin de famille a le blues
actu societe30/11/2010 09h20

La Belgique compte moins de 10.000 généralistes en activité. Jeunes ou moins jeunes, ils tentent de combiner vie de famille et pénurie.

Petit matin dans la campagne brabançonne. Alors que des étudiants se blottissent au fond d'un abribus pour échapper à l’air glacé, Gaël Thiry ouvre la porte de sa salle d’attente. Le premier patient a rendez-vous à 7 h. Le jeune généraliste s’est installé dans la région il y a tout juste trois ans. "Je reçois uniquement sur rendez-vous, mais j’en suis déjà au stade où je vais devoir refuser des patients, explique ce médecin de 31 ans. Or, pour un médecin généraliste, c’est presque mission impossible de dire non à un patient." Dans son cabinet, pas de diplôme encadré bien en vue sur le mur ni de blouse blanche suspendue à la patère. Ici, l'environnement est plutôt ludique et accueillant.
"Je reçois environ trente-cinq patients par jour. Je pourrais en recevoir jusqu’à cinquante si je voulais, mais comment avoir une pratique qualitative et une vie privée dans ces conditions? Moi, j’ai décidé de terminer mes journées entre 20 h et 20h30. Mais pour y arriver, je dois parfois me faire violence."

Une des astuces de Gaël Thiry: son site internet. Il permet aux patients de prendre rendez-vous chez lui directement et de choisir le moment où ils souhaitent obtenir la consultation. Ils reçoivent ensuite la réponse de confirmation par mail.Avantage de la formule? "Elle me libère de nombreux coups de fil". Mais c'est aussi une manière d’impliquer un peu plus les patientsdans la mesure où ils peuvent visualiser l'emploi du temps - souvent surchargé - de leur praticien.

Treize heures par jour...

Depuis l'établissement du cadastre des généralistes, publié en avril 2009, qui réévaluait à la baisse le nombre de praticiens en activité (voir p.???), tous les indicateurs sont en alerte! En Belgique, près d’un tiers des médecins de famille est âgé de plus de 55 ans et un sur deux a plus de 50 ans. En juillet dernier, le Forem classait les médecins parmi les "fonctions critiques" soit les métiers en déficit de main-d’œuvre en Wallonie. Et en août, l’assurance maladie-invalidité (Inami) constatait la carence de médecins généralistes dans plus d’une commune sur trois. Soit une hausse de la pénurie de 65 % en deux ans.

C'est bien l'un des rares métiers où l'on ne craint pas la concurrence, au contraire! Gaël Thiry serait effectivement ravi que deux ou trois médecins s’installent encore dans sa commune. Pourtant, celle-ci ne fait pas officiellement partie de la liste des entités en pénurie... "Je vis dans un environnement privilégié, mais je peux vous dire que nous ne sommes pas encore assez nombreux pour rencontrer parfaitement la demande. Je voudrais pouvoir effectuer plus de visites à domicile, je n’y arrive pas, même si certains patients viennent parfois juste pour des "soins de confort"." Le confort, c’est de faire une prise de sang par an pour voir "si tout va bien" ou d'aller voir le médecin au moindre rhume qui pointe. "J’envoie désormais de plus en plus de patients au labo pour les prises de sang. Mieux vaut garder son temps pour les choses où l'on apporte réellement une valeur ajoutée."

Outre ces treize heures de travail quotidien, le généraliste est aussi de garde une nuit par semaine et un week-end tous les deux mois. Vous trouvez cet horaire contraignant? On est pourtant encore loin du rythme intenable de certains médecins dans les régions en pénurie. Là, certains praticiens se retrouvent de garde un week-end sur deux. "Nous nous sommes organisés à plusieurs pour gérer les gardes de nuit et cela convient à tout le monde. Le plus dur, ce sont les week-ends de garde pour la commune: on travaille deux semaines complètes sans s’arrêter." Quant aux plages de repos, elles se comptent sur les doigts d'une main: trois petites semaines de vacances chaque année.

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