Comment j'ai tué saint Nicolas

Comment j'ai tué saint Nicolas
actu societe07/12/2010 10h05

Un jour, comme nous il y a longtemps, ils reviennent de l'école avec des doutes. Comment les aider à passer le cap de la grande désillusion?

C'était si simple au début. Maintenant que le petit a 6 ans, ça se corse. Les parents doivent expliquer qu'à défaut de cheminée, saint Nicolas passera par la chaudière à condensation. Quant à son acolyte, le père Fouettard, ce n'est pas parce qu'il est noir et potentiellement violent qu'il faut faire des généralités… "Mais non, mon poussin, le père Noël n'exploite pas d'enfants chinois dans son usine!" Même pour les experts en arguments alambiqués, vient le moment où les enfants sont sur le point de découvrir la vérité. Et grâce à leur implacable esprit de déduction, la mort de saint Nicolas entraînera tôt ou tard celle du père Noël, de la petite souris et des cloches de Pâques. Pas plus que nous, nos enfants n'échapperont à ce douloureux chapelet de désillusions. Alors, faut-il tout leur "avouer" avant qu'on se moque d'eux dans la cour de récré? Vont-ils nous haïr? Couvent-ils une dépression post-traumatique?

"Je refuse de mentir à mon enfant en prétendant que le père Noël existe", écrivait un internaute sur un forum français. Mais est-ce un mensonge? "Certes, cela va à l'encontre de la vérité, commente Lotta De Coster, psychologue du développement à l'ULB. Mais un mensonge est souvent un acte individuel. Ici, c'est plutôt un système de croyance collectif, avec une forte valeur culturelle. En Belgique, saint Nicolas est le personnage le plus communément partagé. On est dans le registre du mythe et des traditions que l'on transmet dans un contexte de plaisir partagé." Dire d'emblée aux enfants qu’il n’existe pas, ce serait les priver inutilement d’une fête et les isoler. D'ailleurs, malgré la déception, l'immense majorité des anciens "enfants sages" que nous sommes reproduit cette magie avec ses rejetons. Tant mieux, car cette tradition est très positive pour eux.

Un sain mensonge

Selon Lotta De Coster, ces fêtes ont la même valeur éducative que les contes, si ce n'est qu'elles sont encore plus ancrées dans le réel. Les petits vont sur les genoux de saint Nicolas, leurs souliers sont remplis de spéculoos. Or, il est important de voyager dans le monde imaginaire en lisant des histoires ou en jouant à des jeux symboliques: "si j'étais une princesse", "si saint Nicolas venait"… "Le jeu imaginaire n'est pas une forme de pensée moins sophistiquée que la pensée rationnelle, il faut le valoriser", estime la psychologue. Ces jeux aident les enfants à élaborer différentes façons d'appréhender le monde. Dans certaines écoles, la visite de saint Nicolas est aussi l'occasion pour l'enfant de remettre sa "tute" au grand saint et, comme lors d'un rite initiatique, de passer de la petite à la moyenne enfance. La petite souris, elle, console par une piécette la perte d'une dent, un morceau de soi qu'on doit abandonner pour grandir.

 La fête de Saint-Nicolas et les semaines qui la précèdent sont également très positives pour maîtriser la frustration. "C'est bon d'apprendre à attendre, explique Lotta De Coster. Surtout dans une société de l'immédiat où l'on du mal à différer les envies. Même pour les parents, qui sont presque aussi impatients que les enfants de pouvoir les gâter." Comme le calendrier de l'Avent, les souliers devant la cheminée permettent de raccourcir cette attente. Ce rendez-vous annuel aide enfin à la construction de repères temporels. "En maternelle, le mois de décembre est souvent le premier que l’enfant peut citer, avec celui de son anniversaire." Et même s'ils ne connaissent pas les dates exactes, les tout-petits savent très bien que saint Nicolas vient avant le père Noël.

 Pourtant, un jour, l'enfant revient à la maison avec des questions. Cela coïncide souvent avec l'entrée en primaire. L'histoire des "faux" saints Nicolas, recrutés pour aider le vrai, répond en général aux premières interrogations. A mesure que l'enfant grandit, les parents osent moins brider et commencent à retourner les questions: "Et toi, tu en penses quoi?" Ca

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