Paul Magnette - Saint Nicolas et père Fouettard de l'énergie

Paul Magnette - Saint Nicolas et père Fouettard de l'énergie
actu societe02/12/2008 09h29

Le ministre du Climat et de l'Energie a pris quelques claques. Mais il est têtu. Et il annonce enfin de très bonnes nouvelles. Pour nous...

Coiffure légèrement pétardisée, barbe de trois jours, voix de canapé-lit, brillance du verbe… Les dames étaient unanimes: trop chou, ce Magnette! Presque trop pour certains, surtout à Charleroi. Qui était ce prof de l'ULB sorti du chapeau d'Elio Di Rupo pour remettre de l'ordre au PS local? Une créature du Boulevard de l’Empereur, un intello pistonné! Sauf que la créature est militante du PS de Charleroi depuis 15 ans. Sauf que l'homme est un Carolo pur jus, "même si je suis né en Flandre, à Leuven, où mes parents étaient étudiants". Sauf qu’il a toujours vécu dans les quartiers les plus difficiles de sa ville. Sauf qu’il n'aime rien tant qu’aller supporter le Sporting ou faire ses courses au marché de Charleroi avant de se mettre aux fourneaux pour faire goûter sa fameuse soupe de poisson à ses amis.

 Rapidement propulsé au gouvernement wallon, le beau gosse impose un style, volontaire mais nuancé. Et aussi parfois un humour qu’il distille sur le même ton posé que ses convictions progressistes. Comment il ressent l'élection d'Obama? "Je suis heureux que McCain reste à jamais le nom d'un produit surgelé". En janvier dernier, moins de deux ans après son arrivée à Namur, Paul Magnette monte au gouvernement fédéral. Et pas pour occuper n'importe quel strapontin: celui de ministre du Climat et de l'Energie. Vaste, très vaste programme.

 Trop vaste? La lune de miel sera courte. Ses "Printemps de l'environnement" enfoncent quelques portes ouvertes. Le jeune ministre se heurte au mur Suez/Electrabel pour obtenir de l’électricien une rente nucléaire annuelle de 250 millions. Quand il propose de plafonner les prix de l'énergie, il n’obtient qu’un haussement d’épaules du Premier ministre. Cerise sur ce gâteau amer: les fuites radioactives à l'IRE (Institut des radioéléments) de Fleurus. Et la multicrise communautaire, puis financière et économique n'arrange rien. Son bilan? Plantage sur plantage, disent ses détracteurs. Mais Magnette apprend vite. Il est obstiné. Il peut convaincre, aussi. Et, apparemment, il n’hésite pas à bousculer les inerties pour arriver à ses fins…

Passer du statut de "jeune premier" du PS à la dure réalité d'un gouvernement fédéral à cinq partis, c'est la galère?
Paul Magnette. - Disons qu'avec un gouvernement à ce point compliqué, le métier est difficile. On vit dans un sentiment de précarité constante. C'est assez pénible quand on a de gros dossiers comme l'énergie et l'environnement à gérer, qui demandent du temps et de la constance.

Vous êtes ministre de l'Energie et du Climat. Jusqu’il y a très peu de temps, on a presque envie de dire que vous étiez ministre de rien du tout...
(Rire.) C'est vrai que je suis ministre fédéral de compétences qui sont très régionalisées. J'ai des compétences propres en énergie: l'approvisionnement, les infrastructures énergétiques, bref les aspects les plus stratégiques. Mais les politiques pour développer le renouvelable et réduire la consommation, c'est surtout la compétence des Régions. Je dois beaucoup partager. Je dois aussi discuter avec des acteurs très puissants. Le chiffre d'affaires de GDF/Suez/Electrabel, c'est le budget de l'Etat belge! Discuter avec eux est extrêmement lourd. Mais les prix de l'énergie, le réchauffement climatique, le défense du consommateur dans un marché très dérégulé, ce sont des matières essentielles. Qui valent bien celles de mes collègues.

Quand on disait "ministre de rien du tout", c'était à cause du "tout à la crise financière". L'environnement semble être passé au second plan...
Je ne crois pas! C'est vrai qu'on n'a vu que Leterme et Reynders à la télé. Mais pour sortir de cette crise, l'économie environnementale sera l'outil principal. C'est là qu'existe le plus grand potentiel d'activité économique et d'emplois.

Pour cela, il faut agir. Or au gouvernement, vous avez pris claque sur claque. Où sont les 250 millions réclamés à Electrabel pour la rente nucléaire, par exemple?

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