
Obsédée par son territoire et sa langue, la Flandre politique radicale a pris le pouvoir. Et tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins.
| Tweet |
Après un an d'atermoiements, la Belgique divisée vit une de ces négociations institutionnelles dont elle a le secret. Quoi qu'il arrive, une seule chose est déjà acquise: la Flandre restera notre plus proche voisine. Donc la partenaire privilégiée de la Belgique francophone et, si possible, son amie intime. Pourtant, cette Flandre inquiète par ses comportements. Le débat démocratique sur la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde ou sur une éventuelle réforme de l'Etat est respectable. La volonté d'une plus grande autonomie régionale ou même de séparatisme est tout aussi respectable. Mais la manière, les moyens utilisés donnent froid dans le dos. La course effrénée à "qui sera le plus flamand" a débouché sur des excès, des dérapages de plus en plus nombreux. Et, surtout, de plus en plus banalisés.
La récente "Affaire d'Overijse" a évidemment choqué. Pour rappel, cette commune flamande est située au sud de Bruxelles et habitée par près de 40 % de francophones. Son administration a installé un bureau de plaintes linguistiques qui permet aux citoyens de dénoncer tout commerçant de la commune qui utiliserait sur ses enseignes ou ses dépliants publicitaires une autre langue que le néerlandais. Ni plus ni moins qu'un système de délation, que certains ont bien connu entre 1940 et 1945. Celui qui a "pensé" ce système totalement illégal n'est ni un extrémiste du TAK, ni un élu du Vlaams Blok/Belang. Le bourgmestre d'Overijse, Dirk Brankaer, est CD&V/N-VA. Le ministre flamand de l'Intérieur, Marino Keulen, et le Premier ministre ont condamné l'initiative parce qu'elle est contraire à la loi sur l'emploi des langues. Mais pas parce qu'elle est nauséabonde. Ils se sont bien gardés d'en condamner le principe.
Parce qu'elle n'est pas le fait de mandataires politiques qui participent à la course électoraliste du "meilleur Flamand" mais de simples citoyens, cette histoire rapportée il y a trois semaines par le quotidien La Dernière Heure est peut-être encore plus révélatrice. Début juin, Nadine, 35 ans, se rend comme tous les jours en train à Alost. Elle est commissaire de police, francophone parfaite bilingue. Sur le quai de la gare d'Alost, son téléphone sonne. C'est son mari. Elle lui répond en français. Tout à coup, un homme se poste devant elle: "Hier moet je nederlands spreken!" Cas isolé? Non. Néerlandophone parfaite bilingue elle aussi, une collègue de Nadine a vécu une expérience similaire dans le train parce qu'elle répondait en français à une amie francophone.
La Flandre n'a évidemment pas décidé l'interdiction de parler une autre langue que le néerlandais sur son territoire. Et ne le fera jamais. Mais certains de ses citoyens s'octroient le droit de faire la chasse aux conversations privées "non néerlandophones" sur le sacro-saint territoire flamand. Ce qui donne une idée du lavage de cerveau qui s'est opéré en Flandre depuis des années. Avec succès.
A la veille des élections du 10 juin 2007, une image du magazine Questions à la une de la RTBF avait, elle aussi, choqué. Si une circonscription électorale nationale était créée, et donc si des politiques francophones devaient faire campagne en Flandre, Christophe Deborsu s'était demandé quelle réaction aurait la Flandre profonde. Sur le marché de Termonde, il s'était donc mis dans la peau d'un colleur d'affiches trimballant des clichés d'Elio Di Rupo. Spectacle infâme, semble-t-il, puisque le journaliste s'était fait agresser verbalement et physiquement.
Sélection moustique
Les plus lus
Articles récents
Se connecter pour ajouter un commentaire