U2 - Un monstre rock à deux têtes

U2 -  Un monstre rock à deux têtes
actu societe24/02/2009 08h55

Idole et bon Samaritain, star charismatique et redoutable businessman, objet de pub et infatigable lobbyiste, Bono assume tout.

Bono se relaxe dans le salon des studios Olympic, dans le sud-ouest de Londres. Il porte un tee-shirt noir, un jeans assorti et des lunettes Emporio Armani à monture orange. "Pouvez-vous patienter dix minutes?", demande-t-il. "Je viens d'écrire de nouvelles paroles et je souhaiterais les tester." Dans la cabine voisine, le producteur anglais Steve Lillywhite l'attend. Bono allume l'écran de son MacBook Air et cherche le fichier. Il s'empare du micro et Lillywhite lance le morceau, un rock méditatif baptisé Every Breaking Wave qui monte progressivement en un crescendo intense. Deux prises de son et dix minutes plus tard, la chanson est dans la boîte.

Nous sommes en janvier. Le groupe irlandais occupe les trois studios d'Olympic et travaille à plein régime pour se tenir au délai: le douzième album de U2, "No Line On The Horizon", doit sortir le 27 février. Cinq ans après le succès de "How To Dismantle An Atomic Bomb" (dix millions d'exemplaires vendus) et la triomphale tournée mondiale Vertigo, U2 pousse les choses encore plus loin. Encore plus haut. Et pour le faire savoir, son leader Bono use de toutes les stratégies marketing qu'il a pris l'habitude de déployer bien au-delà de la sphère musicale (voir par ailleurs). Sa règle d'or? Imposer le silence à son entourage et organiser lui-même les fuites pour faire monter la pression, quitte à ne pas toujours avoir le bon rôle dans ce feuilleton à rebondissements. Car seul le résultat compte.

"No Line On The Horizon" est le fruit d'un voyage épique qui a débuté à la fin de la tournée Vertigo à Honolulu en septembre 2006. Après des sessions sous la houlette du producteur américain Rick Rubin, le groupe travaille avec Brian Eno et Daniel Lanois à Fez, au Maroc, lors de l'été 2007 avant d'enregistrer avec Steve Lillywhite à Dublin, en France, à New York et finalement à Londres. Le titre de l'album s'inspire du paysage que Bono, ou plutôt l'adolescent qui s'appelait encore Paul David Hewson, aperçoit de la fenêtre de sa chambre à une certaine heure de la journée "où la mer semblait se fondre dans le ciel". Pour Bono, le disque est divisé en deux parties, "Pénombre" et "Lumière du jour".

Plutôt que de chanter à la première personne, Bono suit cette fois une approche plus littéraire avec une écriture peuplée de différents personnages fictifs. "J'en ai assez de parler de moi, dit-il. Les gens doivent en avoir marre de Bono. J'en ai marre de Bono et je suis pourtant Bono. Cela peut paraître prétentieux mais, en tant qu'artiste, je me sentais de plus en plus limité d'écrire à la première personne. Je me suis donc permis d'enfiler le costume d'autres personnages qui voyagent dans mon imagination. Ainsi, dans la chanson Cedars Of Lebanon, j'épouse les traits d'un correspondant de guerre. J'en ai rencontré plusieurs dans mon existence. J'éprouve autant de sympathie que d'empathie à leur égard, probablement parce que j'aurais voulu en être un!"

Dans la chanson Stand Up, vous dites qu'il faut se méfier des "petits hommes". Vous pensez à vous ou à quelqu'un d'autre?
Oui, c'est moi! Je parle d'une rock star, mais je cite aussi Napoléon et je dis qu'il faut se méfier des petits hommes avec de grandes idées.

Votre producteur Steve Lillywhite déclare que les deux dernières semaines d'enregistrement d'un album de U2 ressemblent à un chaos avec des textes à terminer, des chansons supprimées à la dernière minute et tout le monde qui bosse dans son coin. C'est prémédité?
C'est un peu le but, en effet. Je crois que c'est bon pour le groupe de fonctionner de cette manière un peu bordélique. Bruce Springsteen a dit une grande chose à ce sujet: "La démocratie, c'est bon pour un pays comme l'Irak. Pas pour un groupe de rock."

Pourquoi avoir fait appel à autant de producteurs extérieurs?
Nous avons commencé à travailler avec l'Américain Rick Rubin (producteur de Beastie Boys, Johnny

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