Mabanga

Mabanga
accueil10/06/2010 11h41

 Nous sommes dans la région des grands lacs. Dizzy me dit qu'on l'appelait à l'époque "la petite Suisse." La baie de Bukavu est à ce titre vraiment impressionnante, 'carte postalique' comme il dit.

Nous sommes dans la région des grands lacs. Dizzy me dit qu'on l'appelait à l'époque "la petite Suisse." La baie de Bukavu est à ce titre vraiment impressionnante, 'carte postalique' comme il dit.

Dans le 'speedboat' qui nous y conduit, dans des conditions de course nautique, mon voisin de traversée me dit que cette région est le Kenya du pauvre (?). Un peu plus tard le voisin de Monte, mon manager, se soulage dans une bouteille et réussit à nous faire bien rire. Nous sommes tous les quatres pliés sur notre banquette à nous cogner les genoux à chaque vague prise de front sur les 130 km's qui sépare les 2 ports. Nous sommes 22 dans ce rapide qui ne peut qu' accueillir 12 passagers...

Après une rencontre avec les gens de 3 tamis (la dynamique asbl qui organise cette date) et Kalo Muluji le chanteur local qui joue avec nous, on s'installe dans un hôtel bien 'rudimentaire' du haut de la ville. Il n'y aura pas d'eau pendant les 2 nuitées qu'on y passe...Ce qui n'est pas surprenant en soi, mais même l'eau du seau était douteuse. Ajouté à cela un problème d'évacuation de la fosse sceptique qui rend l'air insoutenable dans les chambres, malgré leur vue imprenable sur le lac. Ce qui repose la question des problèmes d' adduction des eaux.... Mais ça c'est un autre débat...

La rencontre avec Kalo sera assez intéressante. Il a une carrière de plus de 20 ans au sein de diverses formations tanzaniennes, kenyans et angolaises, ce qui le différencie en terme d'influences et d'ouverture musicale des autres chanteurs de rumba qui évoluent dans un système musical complètement renfermé sur lui même mais copié et apprécié sur tout le continent. Cette scène est par contre précurseur dans le système du sponsoring privé pour pallier l'absence de labels et de producteurs.

En attendant d'éventuels producteurs, Kalo finance sa carrière comme les autres grâce au systeme de 'mabanga'. Il a un listing de 700 sympathisants/fans qui seront prêts à lui donner 40 dollars si il site leurs noms sur un des titres de son album. Il espère aller à Kin dans les prochains mois avec le soutien de gens de sa région qui y résident pour se créer une base ' communautaire'.

C'est ce que font les grandes stars du dombolo depuis des années gagnant ainsi des sommes astronomiques et pas seulement avec leurs contrats à l'année avec les brasseries et compagnies de telecom, mais avec des tas de particuliers désireux de se faire une pub 'éternelle' si ils sont cités dans un tube.

Ces artistes sont les seules grandes vedettes du pays, à l'exception de quelques footeux et comiques. Leur influence sur la population est totale. Ils sont à la fois les ambassadeurs, les emblèmes, les modèles de la nation.

Papa dizzy témoigne sur le sujet, du temps de Franco lorsqu'ils composaient des titres à la gloire des politiques, des nababs du cuivre mais surtout pour le président qui fut leur premier supporter, le plus grand mécène de la nation. Mais il a du mal avec ces dédicaces qui sont comme des interférences sur les lignes de chant. Il y a quelques années ces dédicaces étaient en fin de morceaux, sur les interminables parties instrumentales. Mais l'argent appelle l'argent...

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