
Il est cinq heures et demi du matin. Une secousse du van me réveille,
Nico m'apprend que nous sommes coincés dans un embouteillage à l'entrée
de Lyon.
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Il est cinq heures et demi du matin. Une secousse du van me réveille, Nico m'apprend que nous sommes coincés dans un embouteillage à l'entrée de Lyon. A l'arrière, Raph somnole dans une position qui doit être fort inconfortable, Ren dort sur la couchette, et Fabian regarde par la fenêtre, d'énormes poches sous les yeux. Sur la banquette avant, Nico conduit et Bryan le soutient moralement, Hedwige endormie sur son épaule. Elle semble ne pas avoir été trop traumatisée de s'être faite battre à plate couture au "Jeu de Liège" chez Nico avant le départ. Il faut dire qu'elle s'y attendait : en bonne parisienne, elle n'avait que peu de chances de nous battre sur des sujets aussi pointus que les affluents de l'Amblève, les résultats du Royal Football Club Liégeois dans les années septante ou les princes-évêques du Bas Moyen Âge.
A sept heures, Fabian reprend le volant peu après Grenoble pour attaquer la route de montagne qui mène à notre destination, Gap, dans le département des Hautes-Alpes. Le Tour de France l'a empruntée peu avant nous : les inscriptions destinées aux coureurs sont toujours sur l'asphalte. De col en lac, nous voici à Gap vers dix heures. Nous avalons en vitesse un petit déjeuner avant d'aller dormir quelques heures à l'hôtel, imaginativement baptisé "Gapotel" - il aurait aussi pu s'appeler "Hôtel des Alpes".
Vers quatorze heures, nous voici plus ou moins frais et dispos à la salle, le Quattro, où nous attend Mick qui était en vacances dans la région.
Le Quattro. Dans le fin fond de la France, ce nom me saute au visage et me rappelle ce 27 novembre 2004 : nous venions de faire la première partie de Zop Hopop au Centre Culturel de Seraing. Vers trois heures du matin, le personnel qui désirait fermer la salle et rentrer se coucher parvint à nous faire sortir des loges après moult tentatives infructueuses. Mick, Nico, Bryan et moi, irréductibles comme à notre habitude, décidâmes d'aller boire un dernier verre dans le premier café venu (et encore ouvert à cette heure indue). Nos pas nous guidèrent vers le Quattro, un bar sans rien de spécial, à proximité du Pont de Seraing. Nous entrâmes, à la grande stupéfaction des habitués, nous assîmes et commandâmes des bières. Le patron, un grand type rasé avec de gros muscles et un chaîne en or de deux centimètres d'épaisseur autour de son cou de taureau, était en train de s'engueuler avec une cliente affalée sur le bar. D'élevé qu'il était déjà, le ton monta encore, couvrant les bruits du flipper sur lequel un type à qui je n'oserais pas faire garder le chien de mes voisins (que je déteste profondément) s'acharnait et de la radio qui braillait du Florent Pagny (la pauvre). La femme partit dans les toilettes, où le patron la suivit, et au bout d'un temps les cris se turent. En ce qui me concerne, je tournais le dos au bar et buvais tranquillement mon verre quand je vis changer la figure de Mick, mon vis-à-vis. Le patron s'appuya alors d'une main sur le dossier de ma chaise, et de l'autre me mit sous le nez une lame rouillée. Dialogue :
Lui : "C'est une baïonnette de la guerre de 14, elle sent encore le sang".
Moi, surpris et n'ayant pas encore eu le temps de m'inquiéter : "Aaah... Bel objet". Les trois autres : silence tendu.
Lui : "Vous savez les gars, moi je suis un gars cool, gentil et tout. Mais si on vient me chercher et foutre la merde chez moi, là je m'énerve et je casse des gueules". Là-dessus, il va chercher derrière le bar un énorme coutelas dont la lame torsadée et gravée aurait le même effet sur la literie d'un adolescent gothique qu'une photo de Nicola Sirkis se remaquillant dans un cimetière, et revient se poster derrière ma chaise.
Moi, revoyant ma vie défiler en deux secondes : " Euh oui, ok, mais ne vous en faites pas, nous on est juste là pour boire une bière, on a de quoi vous la payer, pas de soucis!"
Lui, qui m'écoute à peine : " Hein c'est vrai, je suis pas du genre à me laisse
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