Critique

Sex machine, l'histoire

Mets le feu et tire-toi, objet littéraire qui, sous prétexte de faire la biographie de James Brown, raconte l'histoire d'une Amérique crève-la-faim. 

Ce livre est tout sauf une biographie classique. Selon les principes érigés par ses aînés - ceux que l'on a désigné comme les maîtres du nouveau journalisme américain (Hunter S.Thompson, Joan Didion, Norman Mailer, Gay Talese...), James McBride prend son sujet - James Brown - à bras le corps et en fait une affaire personnelle. D'abord, ce que l'on croit être l'oeuvre d'une vie n'est qu'une simple commande que McBride refuse car il estime ne pas être la bonne personne pour faire atterrir le projet. Il recommande Gerri Hirshey, une consoeur du magazine Rolling Stone: "C'est la personne qu'il vous faut pour faire ce bouquin. Elle connaît James Brown mieux que n'importe quel auteur dans ce pays." Mais rien n'y fait et il finit par accepter le boulot qui l'entraîne au plus profond de la psyché d'une Amérique schizophrène - à la fois raciste et folle de ce dieu noir que fut James Brown.

Mêlant quelques aléas de sa vie personnelle (son divorce, son manque de fric - ce genre de choses) aux grands épisodes du destin de l'immense James Brown, créateur de Sex Machine, McBride livre une enquête très personnelle mais très documentée sur ce phénomène sismique de la musique black dont l'aftershock se fait encore sentir aujourd'hui. Bien sûr il y est question de la légende - que James Brown a lui-même contribué à construire (l'enfance va-nu-pieds, la mère en fuite, le père violent...) , bien sûr il y est question d'une réussite bling-bling et de ses dérives pathétiques (le n'importe quoi des années 80, la drogue, les arrestations, les scandales...), mais il est surtout question d'un homme d'une générosité insoupçonnée et d'une rigueur morale dont le premier message, adressé à la jeunesse afro-américaine, clamait de ne pas abandonner l'école.

Au-delà de l'anecdote et du folklore (Mister Dynamite était quand même un cas qui ne sortait pas sans être passé avant deux heures sous le casque à cheveux), Mets le feu et tire-toi (sa devise lorsqu'il montait sur scène pour incendier les salles) est un magnifique objet littéraire qui mixe reportage haut de gamme (on ne compte plus les témoins du premier cercle qui se bousculent dans ce livre) et travail d'écriture à l'image de son sujet - transpirant.

met le feu et tire toi

Mets le feu et tire-toi. A la recherche de James Brown et de l'âme de l'Amérique, James McBride, Gallmeister, 320 p. 

ttt

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