Review

Melanie De Biasio envoûtante à l’Ancienne Belgique

La chanteuse et flûtiste donnait ce dimanche le premier de ses trois concerts complets bruxellois. Dans un silence quasi monastique, elle a signé une prestation que personne n’oubliera. Hors-norme, gracieuse et d’une musicalité rare. Grand frisson.

A deux ou trois reprises pendant le concert de Melanie De Biasio, ce dimanche, à l’Ancienne Belgique, un gobelet recyclable de bière est tombé sur le sol. D’habitude, le spectateur ne se soucie jamais de ce fracassement sec, désormais commun aux concerts. Ici, même Mélanie a été saisie. C’est que, dans une magie que personne ne s’explique, les prestations de l’artiste belge sont suivies dans un silence religieux seulement interrompu de chaudes salves d’applaudissements. Personne ne veut perdre une miette de sa prestation. Toute l’assistance, majoritairement quadra et flamande ce dimanche, "embarque" pour le trip dès les premières notes de flute et ne descend nonante minutes plus tard qu’avec le dernier souffle d’une batterie feutrée.

Rêve éveillé

Galvanisée par l’accueil dithyrambique de "Lilies", quatrième album paru le 6 octobre dernier (of course, notre disque de l’année), Melanie De Biasio reste sur son petit nuage pour nous proposer un concert intense et complètement en dehors des normes. Elle arrive sur scène "à l’ancienne". Sans tralala, avec ses musiciens, dans la pénombre. Elle parle peu entre les morceaux. Et si elle est inspirée par des genres musicaux d’hier (le blues urbain, le jazz, la soul, le trip-hop de Bristol), elle marie à sa façon tous ces "codes commerciaux" pour créer la musique de demain. Un truc unique. Un truc de dingue qui s’écoute sérieusement mais rend léger, joyeux et, why not, meilleur.

Entourée d’un batteur, d’un pianiste et d’un multi-instrumentiste aussi inspiré à la guitare électrique qu’en manipulant ses machines, Mélanie se focalise essentiellement sur son dernier bijou. Mais elle improvise, introduit différemment les thèmes, laisse de l’espace aux instrumentistes et montre finalement toute la cohérence et la maîtrise de son projet. Gold Junkies est enrichi d’une citation de Blackened Cities, deux chansons nées autour de la même idée. Sur Your Freedom Is The End Of Me, la voix se fait aérienne. Afro Blue est livré dans une version quasi électro. Et il paraît que ça change comme ça chaque soir. A l’heure où la norme est au concert formaté et à la setlist copiée/collée, on reste époustouflé devant cette audace très justement saluée par ses fans absolus que sont Phil Selway (Radiohead) ou Gilles Peterson, le producteur/défricheur de la BBC.

Et puis, pour encore ajouter au sentiment de rêve éveillé, il y a ces projecteurs qui éclairent non pas frontalement mais latéralement la scène, bousculant encore un peu plus nos repères. Il y a cette gestuelle de Mélanie, ces mains qui se tendent, ses poings qui se ferment, cette tête qui ondule. Soit autant de manières d’exprimer sa relation à l’Autre, thème central des chansons de "Lilies". Vous l’aurez compris, une prestation live de Melanie est une expérience qui ne se télécharge pas plus qu’elle ne se fixe sur Instagram. Elle se vit. De manière passionnée.

Les concerts que Melanie De Biasio  donne ce lundi et mardi sont complets.  Elle nous revient en tête d’affiche au Mithra Jazz Festival, à Liège, le 6 mai. Melanie De Biasio est nommée dans quatre catégories aux D6Bels Music Awards qui seront décernés ce 26 janvier (DIRECT sur LADEUX): artiste solo féminine, album, clip (pour Your Freedom Is The End Of Me qu’elle a réalisé), auteur/compositeur.

 

ttt

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