Négrophobie

“Y’a trop de noirs”, “calme le nègre”, “quartier de singes”

Une trentaine de jeunes Belges d'origine congolaise sont morts depuis 2002 après s'être poigardés entre eux. Il a fallu quinze ans pour trouver l'explication. Elle se trouve dans l'époque coloniale.

“Durant la période coloniale, il existait un service de propagande qui véhiculait une animalisation des Noirs. Puis, le silence s’est fait et il n’y a eu aucun travail de décolonisation. Ces traces sont donc toujours présentes”, explique Nicolas Rousseau, chargé d’études chez BePax. Il travaille sur les enjeux de la négrophobie. C’est le contrôleur de train qui, en voyant un afrodescendant, commence par lui demander s’il parle français. C’est la conseillère d’une agence pour l’emploi qui reçoit une dame noire (universitaire) et lui annonce qu’elle a une place comme femme de ménage. C’est cette question “Tu viens d’où?” et l’étonnement qui suit quand la réponse est “Bruxelles” ou “Verviers”.

Le Noir reste traité comme inférieur mais, et c’est le paradoxe,  il s’en accommode. Depuis 2002, une trentaine de jeunes Belges d’origine congolaise, sont morts après s’être poignardés “entre eux”. Mireille-Theusi Robert, chargée d'étude (Bamko asbl)  a passé près de quinze ans à trouver l’explication à ce phénomène. Ces jeunes ne sont ni des anciens enfants-soldats ni des malades psychiatriques. Ils entretiennent leurs propres stéréotypes. Ils disent qu’ils ne sont pas fiables, toujours en retard, sont polygames, n’ont rien inventé… La société belge leur a injecté sans s’en rendre compte des clichés. Les figures de réussite auxquelles ils peuvent s’identifier sont rares. Ce sont soit des sportifs, soit des artistes, jamais des experts. Ils ont des parents discriminés.

Affronter le passé colonial

Ils sont pourtant diplômés mais plus souvent au chômage que les Belgo-Belges ou les Belgo-Marocains. Malgré un niveau de qualification plus élevé que la moyenne de la population belge, les afro-descendants font face à un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale. En Belgique, le taux d’emploi s’élève à 39,7% pour les afro-descendants contre 61,9% pour la moyenne nationale. “Tout ce contexte montre aux jeunes qu’ils ne sont pas désirables. Ils finissent par se rejeter eux-mêmes, rejeter ce qu’ils ont de noir en eux”, explique Mireille-Theusi Robert. Pour calmer cette violence, des cours d’histoire ont été donnés aux jeunes pour montrer que “les Noirs ne se promenaient pas tous en peaux de bête avant le colonialisme et pour travailler leur estime d’eux-mêmes.”.

La porte d’entrée la plus évidente pour lutter contre la négrophobie, c’est d’affronter le passé colonial, confirme Nicolas Rousseau. Beaucoup d’élèves sortent de leur parcours en n’en ayant jamais entendu parler. “C’est un travail de mémoire avec lequel la Belgique a de grosses difficultés. Beaucoup d’associations d’afro-descendants en sont conscientes. Or le racisme anti-noirs est la dernière question qui préoccupe les associations anti-racisme. Face au père fouettard, au sauvage de Ath, au phénomène black face ou des noirauds (folklore bruxellois), on est, au pire, mal à l’aise. Souvent juste hilare. Or ce sont des pratiques racistes qui invisibilisent les noirs.”  Peut-on se contenter de transformer l’Histoire en plaisanterie? Qui peut croire que nous vivons dans un monde neutre? Comme solution, Mireille-Tsheusi Robert ne parle pas de quotas de “Noirs” à l’embauche, mais plutôt d’un travail concret  “sur la discrimination dans les entreprises et dans les administrations publiques.” Et, enfin, d’une éducation scolaire et populaire sur l’histoire coloniale.

Pour découvrir la suite de l'article, rendez-vous en librairie ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Les sites de L'Avenir Hebdo SA utilisent des cookies. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Plus d’infos Masquer cette notification