La question

Blablacar est-il vraiment durable?

Le covoiturage est souvent vu comme un moyen de limiter la pollution automobile. Des études montrent que ce n'est pas toujours vrai.

Le mot d'ordre est au covoiturage. En Wallonie, le ministre des Transports Carlo Di Antonio a annoncé son intention de réserver la bande d'arrêt d'urgence de la E411 en direction du Grand-duché du Luxembourg aux véhicules d'au moins trois passagers. En cas de résultats probants, il envisage de répéter l'opération sur le tronçon Wavre-Bruxelles. Pour faciliter le partage de véhicule particulier, l'application Google Maps va par ailleurs afficher les trajets "BlaBlaCar", la célèbre application de covoiturage, dans ses modes de transport, en plus des traditionnels itinéraires en voiture, transports en commun, vélo et marche à pied. Depuis peu, Uber apparaît aussi dans les suggestions. En Belgique, d'autres services incitent au covoiturage comme Carpool.be, soutenue par Bruxelles-mobilité, et les start-up "karzoo", "covoitstop", "covoiturage-Belgique", etc.

Mais le covoiturage est-il réellement un mode de déplacement durable et écologique? Certes, c'est du bon sens, partager une voiture à quatre plutôt que d'en conduire quatre est un gain pour l'environnement et les bonnes conditions de circulation. Et pour les trajets courts et réguliers, cela est exact. Pour les déplacements de longue distance, donc la majeure partie des trajets Blablacar (en moyenne 347 km), c'est une autre histoire. Comme le prouvent plusieurs études (du bureau français 6T, de l'Agence de l'environnement et de la maitrise de l'énergie française, etc.) le covoiturage induit des déplacements qui n'auraient jamais été effectuées sans cette pratique…

Pas un gain environnemental

Ainsi, si 75 % des conducteurs affirment qu'ils auraient réalisé le trajet même sans covoiturage, un cinquième aurait opté pour les transports en commun et 5 % ne se seraient pas déplacés. Parmi les passagers, seuls 17 % auraient opté pour la voiture et 13 % auraient renoncés au déplacement. Ainsi en moyenne, un covoiturage induit 99 kilomètres supplémentaires parcourus par un conducteur sur les routes. Celui d'un passager représente lui une économie de 120 kilomètres. L'économie de déplacement n'est au total donc que de 21 kilomètres, en sachant que les détours réalisés par les conducteurs pour récupérer ou déposer les passagers n'ont pas été pris en compte par ces études. Or dans un cas sur trois, ce détour dépasserait les cinq kilomètres… Au final, sur le plan environnemental, le covoiturage longue distance proposé par BlaBlaCar pourrait donc ne rien résoudre du tout… 

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